BULLETIN EPIDEMIOLOGIQUE n°2

1er MAI 2020 – J -11 du déconfinement sanitaire
 
LE PREMIER ROUND contre cet ennemi ultra microscopique s’achève sur un lourd BILAN humain causé par ce VIRUS (« Virus » du latin : 1°) suc, humeur, semence des animaux – 2°) venin, poison – 3°) puanteur, infection, et pour nous actuellement : situation cataclysmique planétaire)
DANS LE MONDE, 3 millions de malades diagnostiqués et plus de 246 000 décès.
En France, 24 594 morts, dont 15 369 à l’hôpital, 9 225 en Ehpad. Et 3 878 malades en cours de réanimation.
Les équipes soignantes du monde entier ont résisté avec une mobilisation sans faille. Elles ont beaucoup appris face à cet adversaire, inattendu, atypique au niveau de sa pathogénicité.
La discipline, inégale mais encourageante de la population, a permis peu à peu de confiner, lui-aussi, cet agent infectieux.
LE DEUXIEME ROUND, à partir du 11 mai, sous déconfinement conditionnel, permettra en France, espérons-le, d’inverser le rapport de force et gagner la bataille.
A chacun de nous d’accepter, par sa discipline individuelle, les consignes strictes et nécessaires pour faire barrage à la pandémie et contribuer ainsi à cette lutte collective.
Comme les lecteurs l’ont constaté, cette chronique de la « Santé et médecine au Havre depuis 1517 » rejoint l’histoire contemporaine et même l’actualité de la planète entière et dans notre territoire seinomarin en 2020
Chaque jour, nous avons entendu décliner les conséquences économiques en tous genres, les drames humains, les difficultés de la vie quotidienne imposées par ce confinement.
Parallèlement, nous constatons de nombreux EFFETS COLLATERAUX :

🔵 Au niveau hospitalier, mobilisation des équipes et une énergie déployée sans faille, un sens du devoir que saluait récemment le Pr. Didier SICCARD (prof. de médecine interne). Il témoignait avoir douloureusement observé dans sa longue carrière de grands bouleversements dans l’investissement personnel des médecins en raison d’incessantes contraintes administratives et économiques, mais il se réjouissait de constater un sursaut du corps médical retrouvant, avec cette pandémie, les valeurs nobles de leur métier et de leur engagement auprès des malades.

🔵  Sur le plan humain : Courage, sens du devoir, entraide et solidarité dans la vie sociale de tous les jours et dans de multiples domaines. Esprit d’entreprise, créativité pour trouver des solutions aux nombreux problèmes, pallier les carences avec une efficacité inattendue en attendant, bien sûr, vaccin et riposte thérapeutique

  • Intérêt accru pour des activités négligées : lecture, art, activité manuelle en tout genre, et curiosité intellectuelle comme les émissions éducatives quotidiennes, telle « NATION APPRENANTE » qui captive nombre d’enfants jusqu’en primaire avec en exemple la biographie de Robert KOCH et Louis PASTEUR dans leur compétition, il y a plus d’un siècle, pour élucider les grands fléaux de l’époque et en découvrir les moyens de lutte.
  • Enfin, remise en question pour chacun de nous, confrontés dans ce confinement inimaginable il y encore quelques mois
  • Remise en question collective pour le monde d’après en espérant engagements et promesses tenus. QUEL DÉFI !

🔵 Sur le plan sanitaire :

  • Baisse des activités médicales : moins 40% en médecine générale, moins 60% en médecine spécialisée, en France.
  • Fréquentation des URGENCES GHH, toutes pathologies (sur 6 semaines, du 1er mars au 16 avril). 

  • AUX URGENCES VASCULAIRES, CARDIAQUES et NEUROLGOIQUES (GHH) :
    Dans un domaine où l’urgence est à priori peu dépendante du contexte social et psychologique, le Dr BONNET indiquait dans la presse le 14 avril, une « baisse significative des cas d’INFARCTUS DU MYOCARDE, ou d’AVC » au sein du Pôle qu’il dirige au GHH ; Cette constatation, valable pour toute la France, a été significative pendant plus de 3 semaines et faisait craindre une perte de chance pour ces pathologies.
    Pour un territoire de 450 000 habitants autour du Havre (limité au Nord par Fécamp, à l’Est Saint-Romain/Bolbec, au centre, les cantons de Criquetot-l’Esneval/Goderville, et au sud Honfleur/Pont-Audemer), on a noté une chute de 70% d’occupation des lits de cardio/neuro/diabétologie.
    (Les deux équipes vasculaires comportent 3 cardiologues interventionnels/ 6 neurologues agréés en pathologie neurovasculaire dans l’équipe du Dr Y. VASCHALDE)
  • En CARDIOLOGIE, les entrées (20% pour troubles du rythme et 80% pour suspicion de troubles coronariens) ont baissé significativement avec une réduction de 50% des thrombolyses et poses de Stent.
    La cardiologie a fonctionné avec 15 lits occupés sur les 50 habituels.
  • En PATHOLOGIE NEURO-VASCULAIRE, le Dr VASCHALDE a relevé les activités entre le 16 mars et le 19 avril des années 2016 à 2019 ; on note une proportion stable de 26 à 28 % de pathologies urgentes vasculaires. En 2020, dans la même période, la proportion passe à 39% (+10%), avec autant d’accidents vasculaires (45), mais une baisse significative des autres motifs d’admission (115 au lieu de 150 à 180 pour les 4 années précédentes)

Au terme de ces observations, à comparer avec d’autres hôpitaux et régions moins concernés par la pandémie, on peut avancer quelques hypothèses :

  • Contexte anxiogène
  • Crainte de la contagion en fréquentant les hôpitaux
  • Observance accrue des conseils de régime alimentaire, règles de vie et surtout, respect des traitements pour les pathologies réputées à risque (HTA. Troubles métaboliques)

 Dans les deux secteurs concernés, le Dr BONNET et le Dr VASCHALDE ont eu l’impression, sur cette période limitée, d’une pause « intemporelle » avec suspension inhabituelle des pathologies qu’ils traitent quotidiennement.
 
Leurs conclusions actuelles, susceptibles d’évoluer lors du bilan final, m’ont évoqué un article déjà ancien lu dans une revue médicale qui m’avait vraiment interpelé sur cette étonnante observation que la fin de vie pouvait être « suspendue », voire « programmée ».
 
On connait :

  • Les impacts biochimiques, physiques et environnementaux sur la mortalité
  • Les impacts sociaux, culturels (deuil, licenciement, retraite) qui influent défavorablement sur notre espérance de vie

A l’opposé, des événements culturels ont une influence symbolique POSITIVE, comme certaines fêtes familiales ou religieuses, avec un impact variable d’un groupe humain à l’autre.
Ainsi, deux ETUDES avaient été menées en CALIFORNIE par PHILIPS et KING, parues en 1988, dans LANSET, et en 1990, dans JAMA, sur ce thème : « Je préfère mourir après les fêtes ».
Étonnante capacité à prolonger sa vie et à différer sa fin en fonction d’événements symboliques.
Deux COMMUNAUTÉS ont été observées :

  • En 1988, (LANSET), étude concernant la communauté juive.  Avec de nombreuses fêtes importantes et la Pâque juive, dont la date varie chaque année, ce qui élimine le paramètre climatique ou saisonnier.
    Un grand nombre (1919) de juifs très pratiquants a été observé de 1966 à 1994.
    Les décès étaient significativement inférieurs dans la semaine précédant la Pâque et supérieur la semaine suivante dans un pourcentage égal.
    Observation non retrouvée dans les groupes témoins (blancs, asiatiques et afro américains)
  • En 1990, (JAMA), la communauté chinoise a été étudiée dans le cadre de la fête de la moisson et de la lune. Ces fêtes donnent l’occasion de rassemblements familiaux importants avec des générations différentes autour des doyens de la famille. Entre 1960 et 1984, on a recensé 32 décès avant ces fêtes au lieu de 50 pour les groupes standards témoin, et 70 décès après, au lieu de 51 dans les groupes témoins âgées et/ou malades. Surprenantes observations sur la puissance du psychisme.

 
Voilà résumées ces études sur l’élan vital physiologique qui peut devenir un ultime instinct de survie.
 
Difficile d’extrapoler sur ce qui s’est déroulé dans de nombreuses situations récentes concernant les admissions à l’hôpital : Laissons nos sagacités et réflexions s’attarder sur ces étranges constations en attendant les études épidémiologiques ultérieures qui ne manqueront pas.
 
Restez prudent, surtout lors de ce déconfinement
 
A suivre ….
 
Dr Michel LEBRETON